20210720_085531


Et si sous couvert de légèreté, le genre de la comédie romantique aurait parfois (souvent ?) et ce, même sans le vouloir, tendance à faire l’apologie des amours toxiques, nous poussant à intégrer comme romantiques des situations qui ne le sont pas du tout ? À partir de l’analyse de la relation entre Carrie et Big dans la série Sex and the City, India Desjardins élabore une réflexion sur la fiction et son impact sur notre perception des relations amoureuses.

Cet essai grand public se lit avec facilité et est vraiment intéressant. C’est grâce à mon amie Alice que je l’ai découvert (tu peux lire sa chronique ici).Si le point de départ est l’analyse de la relation entre Carrie et Big pour démontrer toute la violence psychologique et la toxicité qu’elle représente, elle étend aussi son propos à d’autres films et séries qui ont pour ma part jalonné mon adolescence. Je pense notamment à Buffy, qu’elle m’a donné envie de revoir et en même temps, j’ai peur que ça endommage le bon souvenir que j’en avais gardé. Certaines mises en scène et situations provoqueraient un tollé aujourd’hui et l’autrice le démontre : les fictions sont le reflet de nos sociétés au moment où elles sont réalisées, tout comme leurs interrogations.

Sans jamais tomber dans le jugement hâtif, India Desjardins nous ouvre tout un champ de réflexions sur les comédies romantiques mais aussi et plus largement sur la représentation des relations amoureuses (hétérosexuelles l’immense majorité du temps) dans la fiction. Son analyse permet de se rendre encore plus compte à quel point sont banalisés les schémas et représentations toxiques et que les comportements malsains sont érigés en norme. L’autrice donne de nombreux exemples, témoignages, récits de scénaristes défendant leur vision et comme le dit mon amie Alice, on pourrait post-ité le livre presque à chaque page. C’est un essai court (157 pages) donc bien sûr, certains sujets auraient mérités d’être approfondis mais la volonté principale semble être de permettre la mise en perspective de l’héritage que nous avons intégré autour de la représentation des relations amoureuses dans la fiction et c’est réussi.

Par ailleurs, Sex and the City a eu des aspects très positifs que l’autrice relève, comme la glorification de la sororité (la beauté de ce mot et de tout ce qu’il symbolise !). La série, en montrant des parcours de vie très différents pour les quatre amies a aussi montré que l’épanouissement pouvait passer par la vie de famille ou la vie professionnelle, que les femmes pouvaient être tout aussi heureuses en couple que célibataires. Après, oui, dès la première fois où je l’ai visionné, série comme films, j’ai été hyper déçue que Carrie finisse avec Big qui est l’incarnation de la masculinité toxique et envoie un signal très dangereux aux hommes : se comporter comme lui garantirait le succès auprès des femmes. On a érigé cette relation comme excitante et épanouissante alors que celle que Carrie avait avec Aidan l’était bien plus et avait le mérite d’être saine même si elle n’était pas parfaite. Alors pour moi, la question Team Aidan ou team Big ne s’est jamais posée tant la réponse est évidente. Mais là aussi, India Desjardins montre que le ‘big finale’ de la série pouvait difficilement se passer de cette fin dite heureuse entre Carrie et Big. Après tout, si elle avait autant souffert pour qu’il l’aime, il fallait bien que cela paie, non ? (le fameux mythe de la femme qui se sacrifie et fait changer le bad guy/le mec qui ne veut pas s’engager en amoureux transi, encore un piège bien vicieux). Heureusement, on voit de plus en plus d’initiatives dans la fiction, de réflexions dans les médias pour guérir et sortir de cette approche et proposer des schémas plus égalitaires et non moins séduisants ou romantiques (le podcast Le Cœur sur la table est excellent pour parler de la nécessaire révolution romantique). 

Riche en références mais léger à lire en même temps, Mister Big est une lecture intéressante qui développe une perspective passionnante sur le lien entre la fiction et notre perception de l’amour, je vous le recommande !

 

Et vous, quelles sont vos œuvres de fiction romantiques ou traitant de relations amoureuses préférées ?